L’arnaque du lâcher-prise: le gros mot qui m’a éloignée de qui j’étais

Je le lis partout, ce gros mot. Ce mot qui est censé nous sauver la vie, qui semble si merveilleux pour qui y parvient et qui, en même temps reste si inaccessible. Mais comment font-ils ces gens qui lâchent prise? Ce mot à lui seul éveille dans mon esprit un petit film qui tourne en boucle et finit toujours mal.

Les exemples qui me parviennent, parfaitement scénarisés, racontent l’histoire de personnes sans problème, qui ne voient « que des solutions », qui acceptent tout avec philosophie et qui respirent le bonheur. Mon petit cerveau a vite fait de comparer ma vie à ces exemples. Grave erreur, je sais. Mais comment arrête-t-on un cerveau?

Moi je n’y arrive pas. Ça fait des années que je me dis que je dois faire des efforts pour lâcher prise. Pour laisser couler. Pour faire croire à mon cerveau que ce n’est pas grave si ce n’est pas fait tout de suite. Pour déjouer ses réflexes de parfaite symétrie qui font sourire mes proches mais s’accompagnent d’un perpétuel sentiment de différence et d’excès de zèle. Pour lui apprendre à fermer les yeux sur un peu de désordre. Pour lui faire avaler le concept de maison « vivante ». Pour lui faire comprendre que le vrai bonheur, c’est faire comme les autres, relâcher la pression et avoir confiance. Laisser couler sans crispation, avec juste un beau sourire à la place. Si j’ai tant voulu jouer cette comédie, c’est parce que je croyais que c’était ça, lâcher prise: réussir à procrastiner sans culpabiliser, pour « souffler », quitte à occulter mon fonctionnement propre.

Je suis donc passée en quelques années d’une inflexibilité totale, d’un besoin d’ordre millimétré et d’une efficacité redoutable à un pseudo lâcher-prise fait de procrastination, de débordements de vaisselle, d’oublis de commandes, de sorties forcées de ma zone de confort. Il parait que c’est là que se trouve la magie. Je n’en suis plus si sûre.

L’équilibre se trouve quelque part entre les deux extrêmes

Thomas a pour habitude de dire qu’on passe d’un extrême à l’autre avant de trouver l’équilibre. J’ai grandi sur un extrême et, devenue adulte, je me suis perdue sur l’autre, avec plein d’excuses pour y rester malgré l’inconfort: parentalité, montagnes russes de l’entrepreneuriat, cycles lunaires, menstruels. Aujourd’hui, je commence à percevoir le point d’équilibre.


Cette négligence, longtemps assimilée à tort à du lâcher prise, ne m’a rien apporté de bon. Elle a simplement bousculé mon équilibre, mes bases et installé une flemme improductive. Parce ce que ce concept d’acceptation n’est pas valable pour tout.

Accepter avec philosophie qu’une vaisselle traine, que la facturation soit en retard, qu’un courrier reste en attente des jours, que la poussière s’accumule, que les jouets soient dispersés, c’est se faire croire qu’on ressemble à ces personnes sans soucis. C’est afficher le même sourire de façade alors que le poids de toutes ces choses qu’on se force à ne pas voir et ne pas faire nous plombe l’esprit. Je sais aujourd’hui qu’être heureuse, c’est pour moi être libre. Et une liste à rallonge de choses à faire et repoussées, ça m’enchaîne au lieu de me libérer.

L’acceptation est pourtant un concept qui attire et fait miroiter une paix de l’esprit. C’est vrai et ce n’est sûrement pas infondé. Accepter les choses sur lesquelles on n’a pas de prise et où seul notre regard peut changer la manière dont ça nous affecte, ça, ça en vaut la peine. Pour tout le reste, pour ce qui est à notre portée et ce sur quoi on peut avoir une prise, rien n’égale à mes yeux l’action. Parce que l’action soulage et allège le mental, parce qu’en bonus, elle nous fait avancer. Celle qu’on nous présente comme le bourreau du repos est en fait notre meilleure alliée pour accéder au véritable repos: celui d’un esprit libre.

Etre qui l’on est, au-delà des étiquettes

C’est comme ça que je renoue petit à petit avec celle que j’étais et que j’ai un peu trop muselée. Celle qui craignait tellement d’être jugée comme froide et rigide qu’elle s’est perdue en chemin. À fuir à tout prix l’étiquette peu vendeuse de « control freak », j’ai simplement privé d’oxygène ma petite flamme intérieure. Mais cet été qui arrive me rend un moral d’acier et des mains de fer, mes manies de rangement ne sont plus des tocs à cacher mais les balises d’une vie saine et prise en main à laquelle on donne la direction que l’on choisit. Le soleil n’est pas le seul responsable de ce réveil d’ordre et de structure. Comme souvent, ce déclic vient de la lecture d’un livre. Cette fois, il s’agit de l’ouvrage de Dominique Loreau: « Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi » paru aux éditions Marabout en 2013.

Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi

Le principe est simple et d’une efficacité redoutable: reprendre le contrôle de sa vie en commençant par reprendre le contrôle de sa maison. Retrouver de la joie dans le soin qu’on apporte à son quotidien. Ainsi, chaque tâche pénible devient un acte libérateur. Et je ne parle pas que de ménage. C’est aussi valable pour l’administratif, les mails ou coups de fil en attente, les menus travaux qu’on doit faire depuis des mois, les projets jamais terminés, les petits riens qu’on croit pouvoir occulter mais qui remplissent discrètement le vase de nos pensées jusqu’à ne laisser plus aucune place pour le reste, jusqu’au débordement.

Je me sens pousser des ailes et je vous en souhaite autant. Prenez soin de vos intérieurs, de votre liberté d’esprit et du temps dont vous disposez chaque jour.

Et vous faites tout vous-mêmes? Petite virée dans les coulisses du Siroteur!

« Vous faites tout vous-mêmes? » C’est LA question qu’on nous a le plus souvent posée depuis le début de l’aventure. Et la réponse va peut-être vous décevoir. Non, nous ne faisons pas tout tout seuls. On va même vous partager un petit secret: en 2016, on a cru qu’on était capables de construire des cabanes de jeux en bois. Genre ceci:

Fête foraine en bois
Karzat Funfair – Sziget Festival 2016

Mais en fait, non. Ça nous a fait un peu mal quand on a découvert que n’était pas menuisier qui voulait. En vrai, c’est un métier. Et ce n’était pas le nôtre. Ça ne l’est toujours pas. On a un chouette atelier, de plus en plus de machines et surtout, on commence à savoir faire de belles choses. Mais la réponse est donc bien non.

Une fois remis de cette grosse claque, on était toujours amoureux de l’idée des cabanes de jeux. Et ma mamy nous a filé une manne de vieilles clés toutes rouillées. De tous les formats. C’était fascinant. On a pris. C’est de là qu’est née l’idée du Tir-aux-clés.

Première sortie du Tir-aux-clés au Festival des plantes comestibles 2017

Une centaine de clés qui pendent. Quatre coffres. Quatre essais. Un jeu de patience et d’observation. Notre jeu phare. Emblématique. Le début d’une belle série. Vu le succès de ce meuble-jeu, on s’est dit:

« Mais les voilà nos cabanes! »

Un vieux meuble dont personne ne veut, quelques idées, quelques petites retouches, un peu de découpes et de quincaillerie, ça on sait faire! Le must? C’est récup’, c’est poétique, c’est notre marque de fabrique.

Si vous nous avez déjà croisés sur événement, vous savez que tous nos jeux ne sont pas des meubles. Nous avons dans notre gamme des incontournables, des grands classiques issus du commerce et plus facilement transportables pour vos fiestas hors-covid.

Vous avez peut-être déjà aussi croisé la route de ces petites choses:

Bilboquets multiples: 5 niveaux de difficulté pour des heures et des heures de torture plaisir


Avouez, ces bilboquets vous ont rendus malades! Et bien ceux-là sont la parfait incarnation du coup de coeur. De petits bijoux faits main dans le Jura avec un savoir faire qui dépasse nos compétences. Et oui, la panoplie du Siroteur c’est donc un savoureux mix de récup’ customisée maison, d’achats raisonnés et d’artisanat coup de coeur.

Et nos escape games alors?

Et bien on ne change pas une formule qui gagne! Tout a commencé avec trois meubles secrétaires. Une découpe, un double-fond, une vis par-ci, un cadenas par-là, quelques idées, un peu de matériel et hop! La magie opère. Vous vous les êtes arrachés à Proust Alors! #1 et #2.

Escape-meuble Proust Alors!
Meuble-énigme à Proust Alors! #1


Quand le covid nous a cloués à la maison, c’est on s’est donc naturellement retournés en créant un escape game! À l’extérieur cette fois et dont les contours scénaristiques et logistiques étaient dessinés par les contraintes sanitaires. On n’était toujours pas devenus menuisiers mais on avait développé des compétences en graphisme. On s’est donc tournés vers le TRAKK, fablab namurois pour graver à la laser tous nos supports de jeu en bois, préalablement dessinés. Cette fois, même pas de meuble à customiser, mais une végétation à utiliser à notre avantage sans dénaturer l’endroit. On y a pris un plaisir fou!

Escape Game « Le Pwairet » – Souvenir de la toute première partie test jouée par nos amis et voisins.

Vous vous en doutez, les escape boxes ne font pas exception. Notre première boîte « TDA » est un véritable coup de coeur. Tous ses mécanismes ont été conçus et créés à la main par un passionné pendant le confinement en 2020. Il a accepté de nous la céder afin que nous en fassions profiter le plus grand nombre. Un travail de scénarisation, de consolidation des mécanismes et le remplacement des supports par du bois gravé ont été nécessaires. Quelques parties tests nous ont permis de comprendre ses forces et ses faiblesses et de rédiger un livret indices qui vous en dit un peu mais pas trop. La subtilité: tout un art!

Parallèlement, une deuxième box sur le thème de l’obsolescence programmée a été conçue maison. Tant l’intrigue que le contenant (et ça, c’est une première!). Maison, ça veut dire par Thomas et moi et mais aussi et surtout avec l’aide de nos chers bidouilleurs François et Jean-Yves. Un condensé d’apprentissages et de plaisir qu’on a hâte de pouvoir vous faire tester!

Enfin, curieux de voir à quoi ressemblait une  » vraie box pro » faites par des pros de l’escape game (oui, on doit vous avouer, après tout ça, on se prend encore pour des illégitimes. C’est grave docteur?), nous venons d’acquérir une boîte créée à la main en France sur le thème des pirates. Une boîte testée en amoureux dès son arrivée. Vous en faites pas, l’honneur est sauf, on est parvenus à l’ouvrir 😀 On l’a décortiquée sur tous les plans (mécanismes, scénario, indices, timing, niveau de difficulté, …). Verdict: on est super contents de cette acquisition, on admire le travail de finitions et surtout, on est pressés de vous la faire découvrir!

Amis escape-gamers, préparez-vous, elle débarque bientôt à la location 😀

Vous l’aurez compris, on aime le bois, le travailler, le toucher. On aime aussi recevoir des fleurs. Mais on n’aime pas tirer la couverture à nous. On ne construit pas tout, on n’invente pas tout. On aime créer et surprendre, donner une seconde vie aux objets et vous voir passer un bon moment. On aime mettre en avant les artisans et fournisseurs qui ont de l’or dans les mains. On aime partager cette passion créatrice avec d’autres et par-dessus tout, on aime vous en faire profiter!


Le secret des orangettes. Passer de l’angoisse de la perfection à la joie de l’instant.

Ouvrir wordpress. Découvrir une cinquantaine de commentaires passés jusque-là sous les radars. Et sentir la vague monter, encore une fois. Parce que vos très nombreuses réactions nous en ont fait verser, des larmes! N’y voyez pas un reproche mais une infinie reconnaissance pour toute l’énergie et les encouragements, l’amour aussi que nous y avons trouvé.

Le premier billet vous annonçait le redémarrage du blog. Je ne vous cache pas que le tsunami de vos réactions me paralyse depuis quelques jours. Comment en écrire un deuxième qui soit à la hauteur? Un troisième, un quatrième, …? Mais on s’y est engagés, alors nous tiendrons parole et me voilà en train de surmonter cette angoisse de perfection. Deux choses m’y aident. Trois, à vrai dire, si compte les orangettes dont je me régale à chaque fois que mes doigts s’arrêtent de tapoter.

Lève-toi et marche

La première, je la dois à une phrase. Un enseignement retenu à la volée au cours d’une formation ou dans une lecture. Ou serait-ce dans un film? Ma mémoire a jeté l’emballage pour ne garder que la précieuse douceur. La précision du texte même semble m’échapper. Excusez l’approximation avec laquelle je vous délivre ce principe:

Quand tu es triste, marche. Quand tu es en colère, marche. Quand tu penses trop, marche. Même quand tu vas bien, marche.

Souvenir d’un temps où nous étions jeunes et beaux. Haem. Ecosse. Great Glen Way 2016.

En gros, marche tout le temps. Enfile tes chaussettes épaisses, glisse tes pieds dans des bottines rodées, endosse ta parka et sors. Fais un pas, puis un autre. Avance ton corps. Ton esprit suit le mouvement. Tes pensées sont ballotées, fouettées par le vent d’avril. Ferme les yeux, laisse courir ton cerveau, rouler tes larmes, si elles doivent sortir. Ecoute, sens, vois et avance.

Cette bouffée d’air, ce vent qui fait tanguer, ça me rappelle que mes pieds sont au sol, ancrés et prêts pour la suite. Ce ne sont pas eux qui m’empêchent d’avancer. Mais plutôt ce qui se passe dans la tour de contrôle, là-haut. Et pour rendre la confiance au contrôleur aérien en panique qui y loge, il faut que le temps s’éclaircisse.

Juliett Oscar India Echo

On en vient à cette deuxième chose qui me permet d’écrire sereinement aujourd’hui. Je n’ai ni ligoté ni bâillonné mon contrôleur aérien. J’ai juste dissipé les nuages en me rappelant ce qui nous met en joie. Quand on a s’est lancés dans l’aventure entrepreneuriale en 2016, on était complètement connectés à cette joie, elle ne nous quittait jamais. Tout était exaltant, fou, grandiose.

Amusement. Liberté. Partage.

Ces fondements du Siroteur nous collaient à la peau.

Montage de Proust Alors! #1 au Centre culturel d’Emines. Avril 2019.

Et aujourd’hui?

Ils sont toujours là, aussi forts bien qu’un peu mis en sourdine par les impératifs du quotidien. Mais ils sont toujours aussi intacts et aussi vastes qu’à nos débuts. Nos idées et nos projets sont innombrables pour donner un coup de shaker à ces trois valeurs. Les grands idéalistes que nous sommes ont du mal à se concentrer sur une idée, l’idée suivante. Car choisir c’est renoncer (du moins temporairement) au potentiel de toutes les autres idées.

On découvre aujourd’hui, non sans heurt, que notre équilibre se trouve dans la divergence, la capacité à toujours inventer, toujours rêver, mais aussi dans la convergence, la capacité à se concentrer sur le concret, sur un projet à la fois, ici et maintenant. C’est un équilibre précaire. Comme un funambule concentré tant sur la précision des petits pas qu’il fait que sur son objectif, de l’autre côté du vide. Qui ne peut s’empêcher de réfléchir déjà à son prochain numéro mais qui doit rester vigilant pour ne pas perdre l’équilibre durant celui-ci.

Tu as peut-être le sentiment qu’on digresse alors je vais tâcher de raccrocher cet épisode du funambule à la joie dont on parlait: quel que soit l’objectif actuel, quelles que soient les idées de prochains numéros, aussi impressionnant que soit le vide en-dessous, la seule façon d’avancer c’est de ramener la concentration sur la joie que nous apporte le petit pas suivant.

Et ce petit pas suivant, c’est un deuxième article. Qu’il marque autant les esprits que le premier ou non, il m’a mis en joie. Et les orangettes aussi. Alors je vous le livre. Sans orangettes, par contre, parce que j’ai tout mangé.

On s’est planté. Confidences d’un couple entrepreneur qui s’est cru insubmersible.

Fais ce que tu fais de mieux.

Je m’y attèle. Je crée des jeux et des escape games et voilà que je reprends du service à l’écriture. Ce qu’elle m’a manqué, cette plume. Je suis même un peu intimidée par cette grande page blanche. Je n’ai pourtant pas vraiment cessé d’écrire. J’ai un carnet de notes qui déborde et un livre qui n’attend qu’un éditeur. Mais cette ancienne routine de prendre le clavier à 22 heures pour partager des humeurs sur la toile, celle-là, ça fait un bail que je ne l’ai pas entretenue. Alors voilà qu’enfin, je m’y remets. À l’instinct.

Je me suis posé beaucoup de questions avant de refaire surface par ici. Parler en « je » ou en « nous »? Pour raconter quoi? Qu’avez-vous envie de lire? Qu’est-ce qu’on peut bien avoir d’intéressant à raconter alors qu’on est dans un sale pétrin, psychologique et financier? Comment encore inspirer? Comment donner à d’autres envie d’entreprendre quand un burn out nous a rattrapé, comment parler au nom de nous deux quand l’un de nous est en repos forcé? Comment parler seule au nom du Siroteur? Avec quelle légitimité? Le Siroteur, ce n’est pas moi, c’est nous. Comment vous parler de ralentissement quand on s’y est visiblement mal pris? Comment vous avouer que notre ambition de sobriété heureuse nous a conduits à une précarité involontaire? Comment rester cohérents? Comment rester positifs sans faire l’autruche? La réponse me vient en écrivant et elle tient en un mot: honnêteté.

Je m’apprête à vous faire une confidence. Pas très facile. Et vous sentez venir l’épine: on s’est vautrés.

Les erreurs stratégiques

On a embrassé une vie slow. On pensait qu’on parlait bien anglais et que le slow, c’était le ralentissement. Ralentir le rythme, fuir l’hyper-tout (l’hyperconsommation, les hypermarchés, l’hyperconnection), fuir la frénésie ambiante, qu’on a volontairement reformulée avec le terme « effrénitude ». Freiner des quatre fers et refuser ce monde trop rapide dont on nous gave. Sortir de la course. Sauter du train en marche. Notre réponse universelle à ce saut dans le vide: moins d’argent mais aussi moins de besoins.

C’était un fameux raccourci. Car ce saut nous a plongés dans une situation financière précaire. On a appris à voguer dans les méandres administratifs pour tirer notre épingle du jeu. On s’en est sortis. Mais notre résistance au stress a été éprouvée.

On a fait des erreurs stratégiques. En 2019. Et on les paie aujourd’hui. On s’est crus insubmersibles. On n’est jamais retombés dans les travers de la vitesse. Mais on a oublié d’être vigilants à ceux de l’intensité.

En 2017, on a cumulé un mariage, un bébé et le lancement de notre entreprise. C’était un peu casse-gueule mais on en a rigolé et on a continué sur notre lancée. En 2019, trop confiants, on a remis le couvert avec un deuxième bébé, une saison d’animation et deux éditions de Proust Alors! (dont la deuxième pile un mois après la naissance). Grosse erreur stratégique. Ca commençait à sentir le roussi et on misait sur l’arrivée d’un stagiaire en février 2020 pour amenuiser un peu cette intensité. Nouvelle erreur stratégique. On n’avait pas anticipé l’écolage et le respect de certains horaires que nécessiterait l’accueil d’un stagiaire. C’est donc épuisés et sans perspectives événementielles qu’on s’est confinés avec nos deux petits bouts en mars 2020.

Le confinement des derniers retranchements

Forcés de ralentir. Confrontés au mode de vie qu’on ambitionnait d’atteindre. Forcés de réaliser qu’on s’était plantés. Une fois de plus, c’est l’intensité et non le rythme qui nous a rattrapés. Deux enfants en bas âge, très mauvais dormeurs, aucune perspective économique, aucun moyen de travailler à deux en même temps, de faire une réunion stratégique. Aucun travail mais une pression énorme. La corde qui commence à craquer.

Le couteau à la gorge, on a oublié pendant trois semaines la question du rythme et on a créé un escape game extérieur. Thomas s’est chargé de la plupart des animations durant l’été. Un reconfinement et la fin de saison ont annoncé la fermeture de notre bouée de sauvetage. C’est à ce moment qu’on chope le covid. Thomas s’écroule.

Photo de Matt sur Unsplash


Nous voilà six mois plus tard. Avec toujours très peu de perspectives et de sacrées leçons apprises. Des découvertes sur nous-mêmes, du baume sur des plaies anciennes, du développement personnel, des psys. Des enfants qui grandissent chaque jour un peu, allégeant notre quotidien.

Le tableau n’est pas rose. Je vous l’avais dit: on s’est plantés.

Le tourbillon des leçons

On aurait du mieux saisir la nuance entre ralentir le rythme et avoir une vie plus douce. Plus respectueuse de soi et de la Terre. Car c’est ça qui nous anime au fond.

On aurait du mieux se connaître, chacun mieux jauger notre résistance au stress, à la fatigue, à la vitesse et à l’intensité, mieux connaître nos sensibilités et leurs origines. Surtout, mieux les écouter.

On n’aurait pas du confondre sobriété et précarité.

On aurait du savoir que ce qui nous fait avancer, c’est notre impact sur le monde. Et que l’argent permet de faire naître des projets plus ambitieux et plus impactants. On aurait du anticiper qu’aujourd’hui, notre mission de vie serait à l’étroit, asphyxiée dans notre portefeuille.

On aurait du savoir ce qu’on sait maintenant.

Car maintenant, on peut reconstruire plus durablement, même si ça prend beaucoup de temps. Le Siroteur risque de changer de cap prochainement et les nouveautés à venir seront forcément guidées par les leçons qu’on tire de ce gros tourbillon. On doit encore laisser mûrir nos idées, réaligner nos visions, laisser Thomas reprendre du poil de la bête mais en attendant, une chose est sûre, ce blog va reprendre du service!

Merci de nous avoir lus, laissez-nous vos impressions en commentaires.

Aurélie.

Imprimez nos jeux!

Les jeux à imprimer et à faire soi-même, c’est bien ici. Les premiers exemples seront mis en ligne rapidement. Pour ne rien manquer, suivez-nous sur Facebook et Instagram.



Si vous ne connaissez pas encore le concept, mis en place suite au confinement lié au Coronavirus, je vous invite à le découvrir en vidéo.

Et pour les idées de jeux en extérieur et d’occupation ludiques pour vos bambins, je vous confie notre petite mine d’or…

Le Siroteur: appellation d’origine mystérieuse

Vous êtes nombreux à nous demander pourquoi Le Siroteur s’appelle Le Siroteur et quel est le lien avec les jeux en bois… Aujourd’hui, on officialise sur les internets les origines de ce nom intriguant. Et oui, c’est cadeau!

Evidemment, les plus proches et mauvaises langues aiment à dire qu’on apprécie de boire not’ petit verre. S’ils nous connaissent bien, s’ils savent que nous sommes deux épicuriens, ils savent aussi que c’est certainement ce trait de personnalité qui nous a poussé à chercher une vie privée et professionnelle plus en accord avec nous-mêmes.

Mais il y a d’autres mystères derrière Le Siroteur. Pour les percer, retour en 2016, dans notre bibliothèque, avec une marée de post-it et des gros feutres. On s’assied par terre et on balance toutes les idées qui nous viennent en tête. Avec quelques consignes tout de même: pas de mot anglais, pas de mot-valise, pas de nom en “-ez-vous” “-et moi” parce qu’on doit confesser qu’on n’aime pas du tout cette tendance. Bref, il reste du français bien ringard, ou pas. Alors on se creuse les méninges. On veut un truc qui ne soit pas trop long, question de facilité sur les réseaux sociaux. On veut un nom de domaine libre (c’est-à-dire un tructructruc.be qui n’existe pas encore).

Un brin d’histoire

On veut aussi, si possible, un clin d’oeil historique à la maison. Parce qu’on travaille de la maison, que la maison fait partie d’un bâtiment qui a vécu avant nous et dans lequel nous avons aussi installé notre atelier. Et parce que cette fermette était il y a cent ans une fabrique de sirop de poires. Donc nous cherchons un mot avec sirop dedans. Mais ça complique pas mal les choses. Et on n’a pas pour projet de commencer à commercialiser du sirop bio sur les marchés.

La grange de la Siroperie, notre atelier

Alors on va chercher du côté philosophique. Parce que notre projet a une vision, celle d’un monde qui tourne plus rond parce qu’il tourne moins vite. Et que cette vision se traduit en une mission, qui est d’inviter le public rencontré à lever le pied, à prendre le temps de se demander pourquoi, et à se reconnecter aux choses essentielles.
Et là, on se dit: tiens, y’avait pas un mot au rayon “sirops” qui pourrait coller avec cette idée? Mais si pardi!

Siroteur? Siroteur… Siroteur!

Mais oui mais c’est bien sûr! Le siroteur, comme le gamin qui aspire son sirop de grenadine à la paille, par petites gorgées et qui se fascine pour la vie qui l’entoure. Le Siroteur comme le regard du grand-père qui se pose sur sa chaise devant chez lui et qui prend le temps de voir ce monde qui a bien changé depuis toutes ces années.

Le Siroteur, comme cet humain qui sirote la vie, la déguste, prend le temps d’en voir et d’en apprécier les petits plaisirs, comme celui de se retrouver autour d’un jeu que d’autres auront pris du temps et du plaisir à concevoir et à fabriquer dans le respect de certaines valeurs, de partager cet instant avec des proches et de créer ensemble de doux souvenirs sucrés. Sucrés comme ce sirop de poires. Tiens, on y revient.

La fabrique à souvenirs — Karzat Funfair @Sziget Festival2016

D’ailleurs, on s’emballe, là. Allons vérifier la disponibilité du domaine lesiroteur.be avant de fondre d’enthousiasme. Ô l’univers est avec nous, la voie est libre! Tiens, et Google, qu’est-ce qu’il en dit? Miracle, uniquement des pages de dictionnaires… Et t’as vu, siroteur c’est l’anagramme de re-sourit.

Et bien, c’est sûr, le sourire s’étend d’une oreille à l’autre, je crois que nous sommes fixés, on écarte les post-it et on en garde un seul, précieux comme le Graal. Ca y est, on l’a, notre nom: Le Siroteur.

Entre braises et mélisse, que ton stress s’évanouisse!

“Un jour, ça deviendra un événement public”.

C’est ainsi qu’on nous l’a glissé à l’oreille et c’est ce qui nous pousse à vous livrer les ingrédients de base de notre rêve secret.

Parce que ce weekend, on organisait, à titre privé dans notre chez nous, notre traditionnel grand feu de printemps.

Un après-midi. Un coin de prairie tranquille traversé par un ruisseau. Un soleil décapant adouci par une brise légère. Un plancher improvisé en palettes et tapis de récup’. Un fond musical chill. Quelques fatboys qui invitent à la sieste. Des jeux, évidemment. De réflexion, d’adresse, de force, de persévérance. Une slackline et le coach qui va avec. Une toilette sèche, notre petite fierté DIY. Des tentes par-ci, par-là. Une bassine d’eau pour garder les boissons fraîches. Un jerrican de limonade à la mélisse.

Et puis des gens, des amis, de la famille, des adultes, des enfants. Et comme c’était aussi la fête des voisins, et bien des voisins!

Mais surtout, une envie commune: celle de se poser dans un cadre agréable et de profiter.

Juste ça, profiter.

Profiter des enfants qui s’amusent. Profiter des conversations animées. Profiter de la musique et du soleil. Profiter de la sensation des pieds dans l’herbe. Profiter de nouvelles rencontres. Profiter de la découverte d’une bière inconnue. Profiter de renforcer les liens. Profiter de revoir des amis de longue date. Profiter d’une partie de jeu intense et d’un premier pas de funambule réussi. Profiter des oiseaux. Profiter des vaches, piquées de curiosité.
Profiter d’être ensemble.

© Photo: Fanny Dechamps

Alors notre rêve n’est pas de créer un festival d’une semaine dans notre jardin autour d’un grand feu… quoique. Non, plus sérieusement, notre rêve est de pouvoir, par nos activités privées comme professionnelles, transmettre et partager cet art de vivre au ralenti.
Pas comme des escargots, lents et mous, on s’entend, mais comme des humains qui prennent le temps de mettre le monde sur pause et d’apprécier à leur juste valeur les choses essentielles.

Ou pour siroter notre limonade à la mélisse.

Ce qui revient au même, au final.

Et si… tout allait trop vite?

La journée commence par le réveil qui sonne. Me lever, pour aller bosser. Objectif premier de cinq journées sur les sept précieuses que compte une semaine. Mais aujourd’hui, je n’ai pas envie. Je me sens fatiguée. Je snooze. Et c’est parti, ce simple geste vient de faire démarrer la course contre la montre. Je dois m’activer, je risque d’être en retard au boulot.

Je mange vite-fait, pour rattraper ma paresse au lit. J’essaie de manger équilibré, tout bien comme sur les blogs et autres voies de la sagesse. Mais à vrai dire, ce matin, j’ai pas trop le temps. Alors j’avale un bol de cornflakes sans saveur, en parcourant mon fil d’actu Facebook. Un pouce par-ci, une vidéo par-là, oh un chat!, un gif, tiens elle a coupé ses cheveux, … Oh punaise, l’heure! J’ai scrollé, scrollé, scrollé et là, je suis vrai-ment à la bourre. Clefs, téléphone, portefeuille, voiture et c’est parti. J’active Waze, pour éviter de perdre mon temps dans les bouchons et pour pouvoir appuyer sur le champignon tout en évitant les prunes. Puis ça permet de vérifier l’heure exacte d’arrivée. J’ajoute à ça le temps de me garer puis de marcher, ça donne… ok, si je trouve une place pas trop loin et que je hâte le pas, y’a moyen.

Allez, mais avance, toi!

Je profite du trajet pour passer deux coups de fil, ça rentabilise le temps passé dans cette voiture et il passe plus vite. D’ailleurs, voilà, j’y suis enfin. Je saute hors de la voiture et je marche. Si, si, c’est de la marche. Rapide, mais de la marche quand même. Je ralentis deux cents mètres avant la porte d’entrée histoire de ne pas montrer que j’ai du me dépêcher, j’arbore un sourire des plus naturels et je simule une respiration tout à fait calme. Je m’installe au bureau et ouf! Enfin, ma journée peut commencer.

Rythmée par la succession de tâches que je barre de la to do list, la journée passe. Liste déprimante car elle ne fait que s’allonger. J’en deviens esclave et la satisfaction de barrer une ligne ne me motive plus assez. Mais je n’ai pas vraiment le temps de penser au fait que je me démotive car tout s’enchaîne. Ca m’arrange, au final, que tout aille si vite car ça me permet d’oublier à quel point ça n’est pas ma voie. Et puis, la fin de la journée est déjà là. J’ai fait une demi-heure en plus, je vais être coincée dans les bouchons au retour. Mince, j’aurais du me dépêcher, ou prendre moins de temps ce midi…

Enfin, je rentre à la maison. Ma journée à moi peut finalement commencer. Un bon petit programme ce soir: repas pas trop compliqué, qui se prépare vite-fait histoire de ne pas perdre trop de temps et que je peux manger dans mon canap’ devant une série. D’ailleurs, j’ai quatre épisodes de retard sur celle-ci et je dois encore commencer celle-là, LE phénomène du moment. Mais bon, ça passe vite une soirée, il ne faut pas que je me laisse trop absorber sinon je vais m’enfiler les épisodes et je serai crevée demain, je ne pourrai de nouveau pas me lever.

Photo de Anne Nygård sur Unsplash

Et si…?

Et si je ne voulais plus de ça? Et si je voulais prendre le temps de me faire un vrai petit-déj? Et si je laissais mon smartphone de côté pour vraiment savourer ce premier repas? Et si j’ouvrais la fenêtre pour entendre les oiseaux? Et si je prenais une minute pour me rendre compte à quel point la luminosité de ce soleil matinal me fait du bien?

Et si je levais le pied, pour prendre le temps d’apprécier réellement la musique de l’autoradio? Et si je chantais à tue-tête dans la voiture? Et si je me garais loin pour profiter du grand air, à pied?

Et si je mettais des priorités dans ces tâches? Et si je prenais de vraies pauses relaxantes? Et si je faisais la sieste? Et si je redonnais du sens à ce que je fais? Et si je prenais le temps de partager un repas de qualité à midi avec des personnes que j’apprécie ?

Et si ce job n’était pas fait pour moi? Et si je pouvais faire de mes journées ce qui m’anime?

Et si cuisiner une recette nouvelle m’apportait de l’estime et de la fierté? Et si cette série n’était pas si essentielle, finalement?

Et si je ralentissais un peu?

Et pourquoi pas?