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Comme si le monde n'allait pas assez mal

N'en déplaise, nous sommes plus poètes qu'ingénieurs.
14 janvier 2026 par
Aurélie Dechamps
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Les Fleurs du Mal
, comme si le monde n'allait pas assez mal. 

Depuis quelques temps, je prends au sérieux mon envie d'écrire et de publier de la poésie. Je me suis donc mise à lire des classiques pour mieux me situer, comprendre ce qui me plaît, développer mes références. Me voilà donc à la bibliothèque communale, face au maigre rayon poésie, quand l'oeuvre majeure de Baudelaire se jette dans mes mains. Officiellement, j'ai trois semaines pour le lire. À vrai dire, il me faudra jouer les prolongations car ce n'est pas un livre qui se dévore.

Rassurez-vous, ce blog n'a pas vocation à devenir un espace de critique littéraire. Simplement, cette lecture m'a dérangée. Et s'il y a quelque chose que j'aime, c'est mettre des mots sur ce qui se trame à l'intérieur. Et c'est en écrivant pour moi, pour comprendre, que l'envie s'est imposée de vous partager mes conclusions.

Lecture de l'oeuvre de Baudelaire: Les Fleurs du Mal

Si le titre à lui seul évoque la noirceur et oppose dans un contraste la beauté des fleurs et le mal, il n'est qu'un avant-goût du long tunnel qui m'attendait au fil des pages. Car Baudelaire s'installe dans la douleur, l'obscurité et la lucidité morbide comme dans un fauteuil douillet. Et cette assise ne m'est pas confortable. 

Si j'ai poursuivi ma lecture, c'est dans une quête vaine d'un peu de tendresse: je lis chaque poème avec l'espoir que celui-ci sera porteur, non de joie, car je n'y crois plus, mais d'un tout petit rayon de lumière, de légèreté. Et je suis chaque fois déçue. Cette lecture m'oppresse et les trois semaines de prêt de la bibliothèque sont trop courtes pour la traverser sans y perdre mon souffle.

Dans ce besoin de comprendre, comme pour Anna Karénine dont je vous parlais dans une newsletter, j'ai écrit sans filtre ce que la lecture de ce classique m'évoquait, faisant fi de ce qu'il se dit de Baudelaire et de ce qu'il est communément bon de penser le concernant. Juste ce livre, mes ressentis et où ça nous mène, en tant que Siroteur.

Quelques poèmes tout de même ont ponctué les pages de petits post-it violets. Tous ont ceci en commun: Baudelaire y constate, y souffre, y cherche quelque chose. Mais sans jouir de la noirceur, sans renvoyer la responsabilité sur les viles femmes tentatrices ni sur un monde débauché. Après coup, je réalise que ce sont les rares textes où sa lucidité ne ferme pas encore complètement la porte à la lumière.

J'ai donc compris deux choses.

La première est que, si cette lucidité crue et sans consolation fait de sa poésie une nécessité à son époque, si son combat est de dissoudre l'illusion, l'eau a depuis lors coulé sous les ponts. 

La deuxième est que notre contexte athée, désenchanté et extra-lucide place la nécessité autre part. Le besoin sociétal de voir et d'admettre la laideur est indissociable d'une forme d'exercice à voir le beau. Car l'obscurité nous est aujourd'hui montrée partout et le rôle de la poésie a peut-être changé de camp : montrer la beauté, offrir une bouffée d'air, un regard doux. Non pour divertir, bercer d'illusions ou dissimuler les défis actuels mais pour entretenir la flamme nécessaire pour y faire face.

La poésie que je cherche doit élever au-delà d'une lucidité écrasante : la mienne comme celle du monde. Elle doit apporter un souffle et non l'enterrer.

Carnet de poésie d'Aurélie Dechamps

Si vous m'avez lue jusqu'ici, la conclusion de ce billet va vous sembler couler de source, comme souvent les évidences cachées derrière nos élans spontanés et visibles de tous sauf de soi : dans tout ce que je partage – poésie, textes, ou créations ludique – je ne parviens à accoucher de ce que j'ai à transmettre que lorsque j'ai retrouvé l'élan après l'épreuve, la porte de sortie, l'espoir ou la joie. 

Proust Alors! ne fait pas exception. Son essence même est très précisément faite de cette lumière que je n'ai pas trouvée chez Baudelaire. Ce concept unique en son genre, est le remède à la morosité, le raviveur de flamme, l'exerceur d'émerveillement que nous avons à transmettre ; notre pierre à l'édifice du réenchantement.

Non pour divertir, bercer d'illusion ou dissimuler les défis actuels, mais pour entretenir la flamme nécessaire pour y faire face.

Et cela nous donne la sensation d'agir à la juste place, même si, pour paraphraser cet auteur que je suis tout de même heureuse d'avoir découvert, l'amplitude de ces ailes de géant que l'on fait le choix de déployer, parfois, nous empêche de marcher.


PS : si tu veux jeter un oeil à ce bouquin, je l'embarque avec moi ce weekend à Proust Alors!, les tickets sont en vente ici.

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