L’arnaque du lâcher-prise: le gros mot qui m’a éloignée de qui j’étais

Je le lis partout, ce gros mot. Ce mot qui est censé nous sauver la vie, qui semble si merveilleux pour qui y parvient et qui, en même temps reste si inaccessible. Mais comment font-ils ces gens qui lâchent prise? Ce mot à lui seul éveille dans mon esprit un petit film qui tourne en boucle et finit toujours mal.

Les exemples qui me parviennent, parfaitement scénarisés, racontent l’histoire de personnes sans problème, qui ne voient « que des solutions », qui acceptent tout avec philosophie et qui respirent le bonheur. Mon petit cerveau a vite fait de comparer ma vie à ces exemples. Grave erreur, je sais. Mais comment arrête-t-on un cerveau?

Moi je n’y arrive pas. Ça fait des années que je me dis que je dois faire des efforts pour lâcher prise. Pour laisser couler. Pour faire croire à mon cerveau que ce n’est pas grave si ce n’est pas fait tout de suite. Pour déjouer ses réflexes de parfaite symétrie qui font sourire mes proches mais s’accompagnent d’un perpétuel sentiment de différence et d’excès de zèle. Pour lui apprendre à fermer les yeux sur un peu de désordre. Pour lui faire avaler le concept de maison « vivante ». Pour lui faire comprendre que le vrai bonheur, c’est faire comme les autres, relâcher la pression et avoir confiance. Laisser couler sans crispation, avec juste un beau sourire à la place. Si j’ai tant voulu jouer cette comédie, c’est parce que je croyais que c’était ça, lâcher prise: réussir à procrastiner sans culpabiliser, pour « souffler », quitte à occulter mon fonctionnement propre.

Je suis donc passée en quelques années d’une inflexibilité totale, d’un besoin d’ordre millimétré et d’une efficacité redoutable à un pseudo lâcher-prise fait de procrastination, de débordements de vaisselle, d’oublis de commandes, de sorties forcées de ma zone de confort. Il parait que c’est là que se trouve la magie. Je n’en suis plus si sûre.

L’équilibre se trouve quelque part entre les deux extrêmes

Thomas a pour habitude de dire qu’on passe d’un extrême à l’autre avant de trouver l’équilibre. J’ai grandi sur un extrême et, devenue adulte, je me suis perdue sur l’autre, avec plein d’excuses pour y rester malgré l’inconfort: parentalité, montagnes russes de l’entrepreneuriat, cycles lunaires, menstruels. Aujourd’hui, je commence à percevoir le point d’équilibre.


Cette négligence, longtemps assimilée à tort à du lâcher prise, ne m’a rien apporté de bon. Elle a simplement bousculé mon équilibre, mes bases et installé une flemme improductive. Parce ce que ce concept d’acceptation n’est pas valable pour tout.

Accepter avec philosophie qu’une vaisselle traine, que la facturation soit en retard, qu’un courrier reste en attente des jours, que la poussière s’accumule, que les jouets soient dispersés, c’est se faire croire qu’on ressemble à ces personnes sans soucis. C’est afficher le même sourire de façade alors que le poids de toutes ces choses qu’on se force à ne pas voir et ne pas faire nous plombe l’esprit. Je sais aujourd’hui qu’être heureuse, c’est pour moi être libre. Et une liste à rallonge de choses à faire et repoussées, ça m’enchaîne au lieu de me libérer.

L’acceptation est pourtant un concept qui attire et fait miroiter une paix de l’esprit. C’est vrai et ce n’est sûrement pas infondé. Accepter les choses sur lesquelles on n’a pas de prise et où seul notre regard peut changer la manière dont ça nous affecte, ça, ça en vaut la peine. Pour tout le reste, pour ce qui est à notre portée et ce sur quoi on peut avoir une prise, rien n’égale à mes yeux l’action. Parce que l’action soulage et allège le mental, parce qu’en bonus, elle nous fait avancer. Celle qu’on nous présente comme le bourreau du repos est en fait notre meilleure alliée pour accéder au véritable repos: celui d’un esprit libre.

Etre qui l’on est, au-delà des étiquettes

C’est comme ça que je renoue petit à petit avec celle que j’étais et que j’ai un peu trop muselée. Celle qui craignait tellement d’être jugée comme froide et rigide qu’elle s’est perdue en chemin. À fuir à tout prix l’étiquette peu vendeuse de « control freak », j’ai simplement privé d’oxygène ma petite flamme intérieure. Mais cet été qui arrive me rend un moral d’acier et des mains de fer, mes manies de rangement ne sont plus des tocs à cacher mais les balises d’une vie saine et prise en main à laquelle on donne la direction que l’on choisit. Le soleil n’est pas le seul responsable de ce réveil d’ordre et de structure. Comme souvent, ce déclic vient de la lecture d’un livre. Cette fois, il s’agit de l’ouvrage de Dominique Loreau: « Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi » paru aux éditions Marabout en 2013.

Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi

Le principe est simple et d’une efficacité redoutable: reprendre le contrôle de sa vie en commençant par reprendre le contrôle de sa maison. Retrouver de la joie dans le soin qu’on apporte à son quotidien. Ainsi, chaque tâche pénible devient un acte libérateur. Et je ne parle pas que de ménage. C’est aussi valable pour l’administratif, les mails ou coups de fil en attente, les menus travaux qu’on doit faire depuis des mois, les projets jamais terminés, les petits riens qu’on croit pouvoir occulter mais qui remplissent discrètement le vase de nos pensées jusqu’à ne laisser plus aucune place pour le reste, jusqu’au débordement.

Je me sens pousser des ailes et je vous en souhaite autant. Prenez soin de vos intérieurs, de votre liberté d’esprit et du temps dont vous disposez chaque jour.